Tartine est couchée près de moi pendant que je travaille. Je suis à la maison avec elle toute la journée, elle n’est presque jamais seule et on sort tous les jours entre une heure et demie et deux heures. Je sais qu’on a de la chance de pouvoir partager ce quotidien.
Et pourtant, quand je la regarde, il m’arrive de me dire qu’elle doit s’ennuyer. Que je devrais moins travailler. Qu’on pourrait faire plus de choses ensemble.
Je vois bien tout ce qu’on fait déjà, mais dans ma tête, il reste toujours quelque chose que je pourrais ajouter. Une autre sortie, une activité, un peu plus de temps pour elle.
Si tu as toi aussi l’impression de ne pas en faire assez pour ton chien, tu connais peut-être ce décalage. Tu veux lui offrir une belle vie, tu fais des efforts pour ça, et pourtant tu as du mal à te dire que tu fais déjà beaucoup.
Ce sentiment mérite qu’on l’écoute, mais il ne suffit pas à prouver qu’on s’occupe mal de son chien. Avant de chercher ce qu’on pourrait faire en plus, j’aimerais qu’on prenne un moment pour regarder ce qu’on fait déjà.
Pourquoi a-t-on l’impression de ne jamais en faire assez pour son chien ?
Quand on adopte un chien, on veut lui offrir la meilleure vie possible. Jusque-là, rien d’anormal, tu vas me dire. Sauf qu’à toujours vouloir faire mieux, on oublie parfois tout ce qu’on fait déjà bien.
Je pense qu’une partie de cette exigence vient du fait qu’on sait à quel point notre chien dépend de nous. Ses sorties, ses soins, les endroits où on l’emmène, l’organisation de ses journées… On prend beaucoup de décisions pour lui.

C’est une responsabilité qu’on ne prend pas à la légère. Alors on réfléchit, on essaie de faire les bons choix, et parfois on doute. Est-ce que cette balade était suffisante ? Est-ce qu’il a passé une bonne journée ? Est-ce que j’aurais dû lui consacrer davantage de temps ?
Se poser ces questions peut nous aider à ajuster certaines choses. Le problème, c’est quand on ne regarde plus notre quotidien qu’à travers ce qui aurait pu être mieux.
On a passé un bon moment dehors, mais on pense au chemin qu’on n’a pas eu le temps de prendre. On a joué ensemble, mais moins longtemps que prévu. On a été présente, mais on aurait voulu l’être autrement.
À ce rythme-là, il y a toujours une raison de se trouver insuffisante.
Un sondage qui m’a fait réfléchir à notre regard sur nous-mêmes
J’ai réalisé un petit sondage auprès des dogmoms, auquel 75 personnes ont participé. Et il y a un résultat qui m’a particulièrement marquée.
Toutes les participantes estiment que leur chien est heureux dans sa vie, avec une note moyenne de 8,23 sur 10. Pourtant, un tiers d’entre elles s’attribuent une note de 6 sur 10 ou moins en tant que gardiennes. Je t’avoue que ce décalage m’a un peu noué le ventre.
Bien sûr, ce sondage reflète les réponses de ces 75 personnes. Il ne mesure pas objectivement le bonheur de leurs chiens et ne permet pas de parler au nom de toutes les dogmoms. Mais il soulève une question qui me touche : comment peut-on porter un regard aussi positif sur la vie de son chien et un regard aussi sévère sur soi ?

Ce qui m’a fait mal, c’est de voir à quel point on peut se dévaloriser. J’ai le sentiment qu’on est nombreuses, en tant que femmes, à avoir cette facilité à repérer nos insuffisances et beaucoup plus de mal à reconnaître nos efforts.
Si tu estimes que ton chien a une belle vie, pourquoi ta présence et tout ce que tu fais pour lui auraient-ils si peu de place dans ce constat ?
Tu n’es pas obligée de t’attribuer une médaille après chaque promenade. Mais tu as le droit de reconnaître que tu contribues, toi aussi, à cette vie que tu trouves heureuse pour lui.
Une balade plus courte ne raconte pas toute votre vie
Il y a des moments où cette culpabilité trouve facilement sa place. Tu rentres du travail fatiguée, tu as moins d’énergie que prévu, et la balade du soir est plus courte que celle que tu avais imaginée.
En rentrant, tu repenses aux minutes que tu aurais pu ajouter. Peut-être même que tu te reproches déjà ton manque de motivation.
Pourtant, cette promenade n’existe pas toute seule. Il y a eu les autres sorties, les moments partagés et tout ce que tu as organisé autour de ton chien ces derniers jours. Ce soir-là fait partie de votre quotidien, sans le résumer.
Ça ne veut pas dire qu’il faut ignorer ses besoins ou se convaincre que tout va bien quand quelque chose nous inquiète. Mais entre repérer un ajustement à faire et conclure qu’on est une mauvaise gardienne, il y a une sacrée différence.
Quand on est fatiguée, on ne peut pas toujours faire ce qu’on avait prévu
Tu peux avoir très envie de passer du temps avec ton chien et ne plus avoir beaucoup d’énergie après le boulot. Les deux peuvent coexister.
Le fait d’avoir choisi de vivre avec lui n’a pas fait disparaître ton travail, les courses, les imprévus ou ton besoin de souffler. Tu construis votre quotidien avec tout ça.
Alors oui, certaines journées sont moins remplies que d’autres. Tu avais prévu une grande sortie et tu adaptes. Tu pensais jouer longtemps, et finalement tu t’assieds près de lui.
Tu peux être déçue que la journée ne se soit pas passée comme prévu, sans transformer cette déception en jugement sur toute votre relation.

Être présente pour son chien ne suffit pas toujours à nous rassurer
De mon côté, je suis à la maison avec Tartine. Je pourrais me dire que le fait d’être ensemble toute la journée devrait suffire à faire taire mes doutes. Visiblement, non !
Quand elle est couchée près de moi pendant que je travaille, je me demande parfois si je ne devrais pas faire autre chose avec elle. Ma présence devient presque invisible dans mon raisonnement : je me concentre sur le fait que je suis occupée.
Et pourtant, ce quotidien partagé existe aussi.
Je ne te raconte pas ça pour faire de notre rythme une référence. La durée de nos promenades correspond à notre vie, pas à un objectif que tu devrais atteindre. Ce qui m’intéresse ici, c’est de voir qu’on peut avoir du temps avec son chien et continuer à penser qu’on devrait lui en donner davantage.
Reconnaître ce qu’on fait déjà pour son chien
Quand je parle de prendre du recul, je ne pense pas à ajouter une nouvelle habitude à suivre parfaitement. On a suffisamment de choses à gérer comme ça.
J’aimerais simplement te proposer de consacrer une minute à ce que tu as déjà fait pour ton chien ces derniers jours. Une minute pendant laquelle tu ne cherches pas immédiatement ce que tu aurais pu améliorer.
Repenser à des gestes précis, même ordinaires
Tu peux partir de choses très simples. Peut-être que tu as pris le temps de le laisser explorer un endroit en balade. Que tu as adapté ta journée pour un rendez-vous. Que tu as remarqué une difficulté et cherché comment l’aider.
Peut-être aussi que tu as sorti sa laisse alors que tu aurais volontiers continué à te reposer. Ou partagé un moment avec lui sans que ce soit une activité particulière.
Ce sont des exemples, pas une liste à remplir. L’idée est de retrouver ce qui s’est réellement passé dans votre vie, avec ton chien à toi.

Et si ta première réaction est « oui, mais ça, c’est normal », essaie de t’arrêter une seconde. Un geste peut faire partie de tes responsabilités et avoir de la valeur. Le fait de le répéter tous les jours ne le rend pas inexistant.
On reconnaît facilement l’effort d’une amie qui s’organise pour son chien. On peut essayer de s’accorder un peu de cette même considération.
Vouloir faire mieux sans effacer tout ce qui va bien
Je n’ai pas envie de te dire d’arrêter de te poser des questions. Moi aussi, je veux continuer à réfléchir à ce que je peux améliorer dans la vie de Tartine.
Mais je crois qu’on peut le faire en étant un peu moins dures avec nous-mêmes.
Il y a une différence entre se dire « j’aimerais trouver un moment pour faire ça avec elle » et « je ne fais jamais assez pour elle ». Dans la première phrase, il y a une envie précise. Dans la seconde, tout ce qu’on fait déjà disparaît derrière un jugement.
Quand ce sentiment revient, tu peux essayer de préciser ce qui te manque. Est-ce que tu as envie d’une sortie dans un autre endroit ? D’un moment où tu serais moins distraite ? Ou est-ce surtout que ta journée ne ressemblait pas à celle que tu avais prévue ?
Tu n’auras pas forcément une réponse immédiate. Mais une envie concrète est plus facile à envisager qu’un reproche sans fin.
Et tu peux aussi décider qu’aujourd’hui, tu ne vas rien ajouter. Tu as regardé votre quotidien, tu sais ce qui a été possible et tu reprendras demain avec l’énergie que tu auras.
J’ai déjà raconté les erreurs que j’ai faites avec Tartine quand elle était chiot. Ce récit revient notamment sur mes attentes et sur cette envie de construire une relation qui ressemble à un idéal. Ici aussi, j’essaie de laisser davantage de place à notre vie telle qu’elle est.

Tu as le droit d’être fière de la vie que tu construis avec ton chien
À force de réfléchir à ce qu’on pourrait offrir de plus à son chien, on risque de passer à côté du plaisir de ce qu’on partage déjà avec lui.
La balade est terminée, et on en fait le bilan au lieu de repenser au moment passé ensemble. On est à la maison avec lui, et on imagine déjà ce qu’on aurait dû organiser dehors.
J’aimerais qu’on puisse parfois s’arrêter avant ce reproche. Se rappeler un détail de la promenade, un moment de jeu, quelque chose qu’on a aimé dans notre journée.
C’est aussi pour cette raison que les souvenirs du quotidien ont une place importante dans mon travail de photographe canin. Il y a des choses qu’on a envie de garder de votre histoire, même quand on trouve encore beaucoup à améliorer.
Si ces doutes prennent surtout de la place parce que ton chien rencontre des difficultés, tu peux aussi lire l’histoire d’Olive, Louise et Nicolas. J’y raconte leur quotidien avec une chienne sensible et la séance photo qu’on a partagée.

Pour aujourd’hui, j’aimerais simplement revenir à cette minute que je te proposais au début : repense à quelque chose que tu as fait de bien pour ton chien ces derniers jours.
Essaie de le reconnaître sans ajouter immédiatement « mais j’aurais pu… ».
Parce que oui, on peut toujours faire mieux, mais ça ne devrait pas nous empêcher d’être fières de ce qu’on fait déjà.
On continue ces échanges dans Le Courrier du Studio ?
Dans Le Courrier du Studio, je partage aussi ces réflexions sur notre quotidien avec nos chiens, avec mes doutes et les petits moments qui me font du bien. Si tu as envie de recevoir les prochaines lettres, tu peux la rejoindre juste ici.